3
— Monsieur ? Le dîner va être servi sur le pont inférieur d’ici un quart d’heure. Si vous voulez bien rejoindre les autres passagers…
Je sursautai. Je m’étais cru seul. Pendant que tous les autres passagers allaient s’enfermer dans leur cabine juste après l’embarquement – le voyage était assez long pour justifier qu’ils défassent leurs valises –, j’étais monté sous la coupole d’observation pour assister au départ. J’avais une cabine, mais pas de bagages.
La montée avait commencé avec une lenteur spectrale. Au départ, c’est tout juste si le déplacement était sensible, puis la vitesse avait augmenté au fur et à mesure de l’ascension. Je baissai les yeux dans l’espoir de voir les membres de la secte, mais, de là où j’étais, je ne vis que quelques passants épars et non la masse qui devait se trouver à la verticale de la cabine. Nous venions de franchir l’iris ménagé dans le plafond quand la voix m’avait fait sursauter.
Je me retournai. Ce n’était pas un homme mais un cyborg. Il avait des bras télescopiques et une ébauche de tête stylisée, mais ni jambes, ni roues : son torse se terminait en pointe, et il se déplaçait sur un rail fixé au plafond, auquel il était accroché par un éperon incurvé fixé dans ce qui lui servait de dos.
— Monsieur ? reprit-il, en norte cette fois. Le dîner va bientôt être servi…
— Merci. J’avais compris la première fois.
Je pesai le pour et le contre et je conclus qu’il valait probablement mieux me mêler à de vrais aristocrates que rester dans mon coin, au risque d’attirer les soupçons. Au moins, en dînant avec eux, je pouvais espérer offrir à mes compagnons de voyage un personnage susceptible de résister à l’examen. Ne pas me montrer, c’était leur donner carte blanche pour plaquer toutes sortes de turpitudes sur cet étranger peu sociable. Je répondis en norte – j’avais besoin de m’exercer :
— Je rejoindrai les autres d’ici un quart d’heure. J’aimerais observer la vue encore un petit moment.
— Très bien, monsieur. Je vais préparer votre table.
Le robot pivota sur lui-même et quitta silencieusement la coupole d’observation.
Je me retournai et regardai à nouveau au-dehors.
Je ne sais pas très bien ce que je m’attendais à voir, mais ça ne ressemblait sûrement pas à ce qui se dressait devant moi. Nous avions dépassé le plafond supérieur de la salle d’embarquement, mais le terminal du point d’ancrage ne s’arrêtait pas là, et nous montions toujours à travers les niveaux supérieurs du bâtiment. Je me rendis compte que c’était là que les adeptes du culte avaient cristallisé l’expression supérieure de leur obsession pour Sky Haussmann. Après sa crucifixion, ils avaient enchâssé son corps embaumé dans une matière vert-de-gris qui ressemblait à du plomb, et l’avaient placé là, sur une grande étrave qui s’avançait, depuis la paroi intérieure, presque jusqu’au câble. Le corps de Haussmann évoquait une figure de proue fixée à l’avant d’un immense bateau à voile.
Ils l’avaient dénudé jusqu’à la ceinture et cloué, bras écartés, sur une pièce d’alliage en forme de croix. Il avait les jambes attachées, mais un clou avait été enfoncé dans le poignet de sa main droite (et non dans la paume, le virus qui induisait les stigmates se trompait sur ce point de détail), et un morceau beaucoup plus gros de métal dans le moignon de son bras gauche, sectionné. Ces détails, et le visage à la fois apathique et torturé de Haussmann, avaient été rendus définitivement indistincts par le processus de préservation. Mais s’il n’était pas vraiment possible de déchiffrer son expression, toutes les nuances de la souffrance étaient inscrites dans l’arc de son cou. Sa mâchoire était crispée, comme dans les spasmes de l’électrocution. Et je me dis qu’ils auraient dû l’électrocuter. Ç’aurait été moins cruel, quels que soient les crimes qu’il avait pu commettre.
Mais ç’aurait été trop simple. Ils ne s’étaient pas contentés d’exécuter un homme qui avait fait des choses horribles ; ils avaient aussi glorifié le héros qui leur avait donné tout un monde. En le crucifiant, ils lui témoignaient leur adoration avec la même ferveur qu’ils lui exprimaient leur haine.
Ça avait toujours été comme ça, depuis le commencement des temps.
La cabine passa à quelques mètres à peine de Sky, et j’eus comme une légère défaillance. Je me pris à souhaiter qu’il disparaisse le plus vite possible. C’était comme si cet immense espace était une chambre de réverbération, qui se renvoyait encore les échos d’une éternelle douleur.
Ma main se mit à me démanger. Je me frottai la paume contre la rambarde et je fermai les yeux jusqu’à ce que nous ayons quitté le terminal du point d’ancrage pour monter dans la nuit.
— Encore un peu de vin, monsieur Mirabel ? me demanda la femme de l’aristocrate assis en face de moi.
Elle avait une tête de fennec.
— Non, répondis-je en me tamponnant délicatement la commissure des lèvres avec ma serviette. Si vous voulez bien m’excuser, je préférerais me retirer. J’aimerais observer la vue pendant la montée.
— Quel dommage, fit la femme, la bouche en cul de poule, manifestement déçue.
— Oui, insista son mari. Vos histoires vont nous manquer, Tanner.
J’eus un sourire. En réalité, je ne m’étais pas contenté de faire des ronds de jambe pendant une heure. J’avais pimenté la conversation du dîner d’anecdotes plus ou moins originales, comblant le silence gêné qui s’emparait des convives lorsque l’un ou l’autre lâchait ce qui devait, dans l’aura toujours mouvante de l’étiquette aristocratique, constituer une remarque incongrue. Depuis le début du repas, j’avais été amené deux ou trois fois à arbitrer des litiges entre les factions nord et sud, ce qui avait fait de moi le parlementaire par défaut du groupe. Mon déguisement ne devait pas être tout à fait convaincant : personne n’aurait su dire de quel bord j’étais réellement.
Enfin, c’était sans importance. Il m’avait quand même permis de me mêler à ces dîneurs, et je finirais tôt ou tard, pensais-je, par m’en débarrasser. Ma tête n’était pas mise à prix, après tout, je n’étais qu’un homme au passé trouble disposant de quelques relations qui ne devaient pas l’être moins. Il n’y avait aucun inconvénient non plus au fait de garder mon nom – ça valait beaucoup mieux que d’essayer de me forger de toutes pièces une ascendance fictive. Tanner Mirabel était, par bonheur, un nom neutre, dépourvu de connotations marquées, aristocratiques ou autres. Contrairement à ceux de mes compagnons de table, mes ancêtres ne remontaient pas à l’arrivée de la Flottille ; le premier Mirabel avait probablement débarqué sur Sky’s Edge un demi-siècle plus tard. Selon les critères de l’aristocratie, je devais figurer parmi les plus ploucs des parvenus, mais personne n’aurait eu la discourtoisie de s’en enquérir. C’étaient tous des gens qui avaient beaucoup vécu et dont l’arbre généalogique remontait non seulement jusqu’à la Flottille, mais encore jusqu’au Manifeste des Passagers, et il était parfaitement naturel de supposer que je disposais des mêmes gènes perfectionnés, et du même accès aux technologies thérapeutiques.
L’ennui, c’est que si les Mirabel étaient arrivés sur Sky’s Edge un peu après la Flottille, ils n’avaient pas apporté avec eux le gène, même réarrangé, de la longévité. Peut-être la première génération avait-elle vécu plus longtemps qu’un humain normal, mais elle n’avait pas transmis ce privilège à ses rejetons.
De toute manière, je n’avais pas de quoi me l’offrir. Cahuella me payait bien, mais pas assez pour me permettre de me faire piquer par les Ultras. Et ça n’avait presque pas d’importance. Il n’y avait qu’un vingtième de la population de la planète qui disposait du truc, de toute façon. Les autres étaient englués dans une guerre, ou s’en sortaient tant bien que mal en marge d’un conflit. La grande question était d’arriver à survivre jusqu’au mois prochain, pas jusqu’au siècle prochain.
Autant dire que la conversation était devenue assez problématique de mon point de vue dès lors qu’on avait abordé le sujet des traitements de longévité. J’avais alors tenté de me rencogner dans mon fauteuil et de me faire oublier, mais, chaque fois qu’une nouvelle discussion tournait au vinaigre, j’étais ramené au rôle d’arbitre.
« Vous avez bien une opinion sur la question », disaient-ils en se tournant vers moi pour que je leur serve une déclaration définitive sur le sujet, quel qu’il soit, qui avait provoqué la situation de blocage.
À quoi je répondais : « C’est un problème complexe, qui mériterait un débat plus approfondi… »
Ou bien : « C’est-à-dire… il est évident que l’on ne saurait se prononcer à la légère… »
Ou encore : « Je crains qu’il ne me soit impossible de vous en dire plus, pour des raisons éthiques. Des problèmes de confidentialité, patin couffin. Je suis sûr que vous me comprenez… »
Au bout d’une heure de cet exercice, j’étais mûr pour péter un câble.
Je me répandis donc en excuses et quittai la table, puis je gravis l’escalier en colimaçon qui menait à la coupole d’observation, au-dessus des niveaux des cabines et de la salle à manger. Je me réjouissais à la perspective de me dépouiller un instant de mes oripeaux aristocratiques, et pour la première fois depuis des heures j’éprouvai un picotement de satisfaction professionnelle. J’avais la situation bien en main. Une fois sous la coupole, je demandai au cyborg de me préparer un guindado et savourai la façon dont l’alcool m’embrumait l’esprit. J’avais tout le temps de retrouver ma lucidité : j’avais sept bonnes heures devant moi avant de redevenir un tueur à gages implacable.
Nous montions rapidement, à présent. Une fois hors du terminal, la cabine avait accéléré et atteint les cinq cents kilomètres à l’heure, et pourtant, même à cette vitesse, il lui aurait fallu une quarantaine d’heures pour atteindre le terminal en orbite, à des milliers de kilomètres de là. Mais elle avait quadruplé sa vitesse à partir du moment où elle était sortie de l’atmosphère, ce qui s’était produit à peu près au moment où on nous avait servi les entrées.
J’étais tout seul sur la passerelle.
Après dîner, les autres passagers se répartiraient dans les cinq compartiments situés au-dessus de la salle à manger ; la cabine aurait pu aisément transporter cinquante personnes sans paraître bondée, mais, ce jour-là, nous n’étions que sept, moi compris. Le temps total du trajet était de dix heures. La révolution de la station autour de Sky’s Edge était synchrone avec celle de la planète, de sorte qu’elle se trouvait toujours exactement au-dessus de Nueva Valparaiso, juste au niveau de l’équateur. Je savais qu’il y avait aussi des ascenseurs stellaires sur Terre, des ascenseurs qui faisaient trente-six mille kilomètres de longueur – mais comme la rotation de Sky’s Edge était un peu plus rapide et sa gravité légèrement plus faible, l’orbite synchrone se trouvait seize mille kilomètres plus bas. Le câble faisait quand même vingt mille kilomètres de long, ce qui voulait dire que le dernier kilomètre supportait la tension assez incroyable représentée par le poids mort des dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf kilomètres de câble qui se trouvaient en dessous. Le câble était creux, et ses parois faites d’une résille d’hyperdiamant renforcée par piézo-électricité, mais j’avais entendu dire qu’il pesait quand même près de vingt millions de tonnes. Chaque fois que je faisais un pas dans mon compartiment, je pensais à la légère tension additionnelle que j’imposais au câble. En sirotant mon guindado, je me demandais quelle tolérance maximale les ingénieurs avaient prévue. Puis une partie plus rationnelle de mon esprit me rappela que le câble ne supportait qu’une faible fraction du trafic pour lequel il avait été prévu. Et je demeurai, avec une confiance accrue, devant la fenêtre panoramique.
Je me demandai si Reivich se sentait assez détendu pour boire un verre, en ce moment.
La vue aurait dû être spectaculaire, mais, même aux endroits où la nuit n’avait pas encore englouti la Péninsule, elle disparaissait sous une épaisse couche de nuages. La planète décrivant une orbite toute proche de son soleil, Swan, les années étaient brèves et la saison des pluies revenait tous les cent jours à peu près, mais elle ne durait pas plus de dix à quinze jours. Au-dessus de la courbe tendue de l’horizon, le ciel s’était assombri et passait par tous les tons de bleu, jusqu’à un bleu marine profond. Les étoiles étaient très brillantes, à présent. À la verticale au-dessus de la cabine, encore très loin, se trouvait l’étoile fixe de la station orbitale. Je me demandai si je n’allais pas dormir quelques heures, mes années d’armée m’ayant donné la faculté presque animale de retrouver presque instantanément un état de vigilance totale. Je fis tourner dans mon verre ce qui restait de liquide et y trempai les lèvres. Maintenant que ma décision était prise, je sentais la fatigue m’envahir comme si un barrage s’était rompu. Elle était toujours là, attendant que ma garde se relâche légèrement.
— Monsieur ?
Je sursautai à nouveau, mais, cette fois, j’avais reconnu la voix cultivée du cyborg.
— Monsieur, reprit la machine, vous avez reçu un appel de la surface. Souhaitez-vous que je le transfère dans votre cabine, ou préférez-vous le prendre ici ?
Je songeai un instant à regagner ma cabine, mais ç’aurait été une honte de rater ce spectacle.
— Passez-le-moi ici, dis-je. Mais coupez la communication si quelqu’un monte l’escalier.
— Très bien, monsieur.
C’était Dieterling, évidemment – ça ne pouvait être que lui. Il n’avait pas eu le temps de rentrer à la Ferme aux Serpents, mais selon mes estimations il avait dû faire les deux tiers du chemin. Un peu trop tôt pour qu’il essaie de prendre contact avec moi – je ne m’attendais pas à ce qu’il le fasse, d’ailleurs –, mais il n’y avait pas de quoi s’inquiéter.
Sauf que je vis apparaître sur la vitre de la cabine le visage de Vasquez la Main Rouge. Une caméra devait me filmer et faire le point sur mon image comme si nous étions face à face, parce qu’il me regardait droit dans les yeux.
— Tanner… Écoutez-moi, mec.
— Je vous écoute, répondis-je en me demandant si ma voix trahissait mon agacement. Je suppose que c’est important pour que vous jugiez bon de me joindre ici, hein, Main Rouge ?
— Allez vous faire foutre. Mirabel. Vous rigolerez moins d’ici trente secondes.
À la façon dont il dit cela, je compris que c’était moins une menace qu’une mise en garde : je pouvais m’attendre à une mauvaise nouvelle.
— Qu’y a-t-il ? Reivich nous a encore filé entre les doigts ?
— Je ne sais pas. J’ai lancé quelques-uns de mes gars sur sa piste et ils se renseignent, mais je suis sûr qu’il est sur ce câble, comme vous le pensiez – une cabine ou deux devant vous.
— Alors ce n’est pas pour ça que vous m’appelez.
— Non. Je vous appelle parce que quelqu’un a tué le Serpent.
— Dieterling ? lâchai-je malgré moi.
Comme s’il pouvait s’agir de quelqu’un d’autre.
Vasquez hocha la tête.
— Ouais. Un de mes gars l’a retrouvé il y a une heure à peu près, mais il ne savait pas à qui il avait affaire, alors la nouvelle a mis un moment à me parvenir.
J’eus l’impression que ma bouche formait des paroles sans intervention consciente de mon esprit.
— Où était-il ? Que s’est-il passé ?
— Il était dans votre tricycar, qui était encore garé sur Norquinco. C’est un de mes gars qui l’a retrouvé, affalé à l’intérieur. Il respirait encore.
— Que s’est-il passé ?
— Quelqu’un lui a tiré dessus. Il devait attendre à proximité du véhicule qu’il revienne du lift. Dieterling venait sûrement de se remettre au volant et s’apprêtait à partir.
— Comment a-t-il été tué ?
— J’en sais rien, mec. Je ne suis pas médecin légiste, vous savez. Enfin, reprit-il en se mordillant la lèvre, je pense qu’on lui a tiré dessus au laser. Dans la poitrine, à bout portant.
Je regardai le guindado. Je me sentais complètement idiot, d’être planté là, à parler de la mort de mon ami, un verre à cocktail à la main, comme si nous causions de la pluie et du beau temps. Mais il n’y avait rien à proximité où poser mon verre.
Je pris une gorgée et lui répondis, avec une froideur qui me surprit moi-même :
— Je préfère aussi les armes à rayon, personnellement, mais ce n’est pas ce que j’utiliserais si je voulais éliminer discrètement quelqu’un. Le rayon est plus visible que la plupart des projectiles.
— Sauf à bout portant ; auquel cas c’est aussi discret qu’un coup de poignard. Écoutez, mec, je suis désolé, mais on dirait que ça s’est passé comme ça. On a dû enfoncer le canon dans ses vêtements. Ça n’a pas dû faire beaucoup de bruit ou de lumière, et de toute façon ils auraient été masqués par le tricycar. Il y avait pas mal de boucan, ce soir. Quelqu’un a mis le feu, près du lift, et c’était le prétexte que les autorités attendaient pour une nuit de folie. Je crois que personne n’aurait remarqué un coup de rayon, Tanner.
— Dieterling ne se serait pas laissé faire ainsi…
— On ne lui a probablement pas demandé son avis.
Je réfléchis. À un certain niveau, la nouvelle de sa mort commençait à faire son chemin dans ma tête, mais les implications – sans parler du choc émotionnel – mettraient encore du temps à m’atteindre. Enfin, ça ne m’empêchait pas de me poser les bonnes questions.
— S’il n’a pas vu venir le coup, c’est qu’il n’était pas sur ses gardes. Il a peut-être été tué par quelqu’un en qui il avait confiance. Il respirait encore, vous dites ?
— Ouais, mais il avait perdu connaissance. Je pense que nous n’aurions pas pu faire grand-chose pour lui, Tanner.
— Vous êtes sûr qu’il n’a rien dit ?
— Ni à moi, ni au type qui l’a trouvé.
— Le type… celui qui l’a trouvé… c’est quelqu’un que nous avons rencontré ce soir ?
— Non, c’est l’un des hommes qui filaient le train à Reivich.
Je compris que je n’étais pas sorti de l’auberge. Ce Vasquez n’était pas du genre à devancer mes questions. J’allais être obligé de lui arracher les réponses à coups de pompes dans le derche.
— Mais encore ? Il y a longtemps qu’il travaille pour vous ? Dieterling l’avait-il rencontré avant ?
J’étais maintenant prêt à y passer du temps, mais il faut croire que Vasquez avait fini par comprendre où je voulais en venir.
— Hé, ça va pas, mec ? Aucun risque que mon gars soit mêlé à ça, je vous le jure, Tanner !
— Il est encore suspect pour moi. Ça vaut pour tous ceux que nous avons rencontrés ce soir – y compris vous, Main Rouge.
— Je ne l’ai pas tué. Je voulais qu’il m’emmène à la chasse au serpent.
Il y avait quelque chose de si pathétiquement égoïste dans cette réponse qu’elle avait de bonnes chances d’être sincère.
— Eh bien, je pense que vous pouvez tirer un trait dessus.
— Je n’ai rien à voir là-dedans, Tanner.
— Ça s’est passé sur votre territoire, non ?
Vasquez s’apprêtait à répondre, et je m’entendais déjà lui demander ce qu’il avait fait du corps ou ce qu’il avait l’intention d’en faire quand son image se perdit dans un brouillard d’électricité statique. Au même instant, il y eut un éclair aveuglant qui sembla venir de partout à la fois, baignant la cabine et le ciel d’une lumière blanche, implacable.
Ça ne dura qu’une fraction de seconde.
C’était largement suffisant. On ne pouvait oublier cette lumière blafarde, aveuglante, une fois qu’on l’avait vue. Et j’avais déjà vu ça. Une fois, deux en fait. Je m’interrogeai l’espace d’un instant : je me souvenais d’œillets de lumière blanche s’épanouissant sur les ténèbres de l’espace.
Des explosions nucléaires.
L’éclairage de la coupole vacilla quelques instants. Je sentis que je m’allégeais, puis mon poids redevint normal.
Quelqu’un avait fait péter une bombe atomique.
L’onde de choc électromagnétique avait dû nous balayer, entrant momentanément en interférence avec la cabine. Je n’avais pas vu d’explosion nucléaire depuis que j’étais tout petit, l’un des maigres avantages de la guerre étant qu’elle était restée pour l’essentiel cantonnée dans le domaine conventionnel. Je ne pouvais estimer la portée de l’explosion sans savoir à quelle distance l’éclair s’était produit, mais l’absence de nuage en forme de champignon suggérait que l’explosion s’était produite bien au-dessus de la surface de la planète. Ça n’avait pas de sens : une attaque nucléaire ne pouvait être que le prélude à un nouvel assaut, et c’était la mauvaise saison pour ça. Les explosions dans l’atmosphère avaient encore moins de sens : les réseaux de communication militaires étaient protégés contre les dégâts dus aux champs électromagnétiques.
Un accident, peut-être ?
J’y réfléchis encore quelques secondes, puis j’entendis un bruit de pas qui montaient précipitamment l’escalier en spirale. Je vis l’un des aristocrates avec qui je venais de dîner. Je n’avais pas pris la peine de mémoriser son nom, mais à en juger par sa peau mate et son profil levantin, c’était un homme du Nord. Il portait des vêtements coûteux, sa houppelande, qui lui arrivait aux genoux, éclaboussait les murs de reflets émeraude et aigue-marine. Il était très agité. Son épouse, la femme au museau de fennec, s’arrêta derrière lui, sur la dernière marche, et nous regarda avec méfiance.
— Vous avez vu ça ? demanda l’homme. Nous nous sommes dit que c’était d’ici qu’on devait avoir la meilleure vue. Ça avait l’air assez sérieux. On aurait presque dit une…
— Une explosion nucléaire ? avançai-je. Je crois bien que c’en était une.
Des images résiduelles rosâtres défilaient encore devant mes yeux.
— Grâce au ciel ! Une chance que ça ne se soit pas passé plus près…
— Regardons ce que dit le réseau public, dit la femme en activant son vidcom de poignet.
Il devait capter un réseau de meilleure qualité que celui sur lequel Vasquez m’avait appelé, parce qu’elle se connecta aussitôt. Le petit écran se couvrit d’images et de texte.
— Alors ? fit son mari. Qu’est-ce qu’ils disent ?
— Je ne sais pas, mais… (Elle hésita, les yeux rivés sur l’écran, puis elle fronça les sourcils.) Non, ce n’est pas possible. C’est tout simplement impossible !
— Quoi ? Qu’est-ce qu’ils disent ?
Elle regarda son mari, puis moi.
— Ils disent que le lift a été attaqué. Ils disent que l’explosion a sectionné le câble.
Pendant les moments irréels qui suivirent, la cabine continua à monter en douceur.
— Non, dit enfin l’homme en s’efforçant de garder son calme, sans y parvenir tout à fait. Ils doivent se tromper. Ils se trompent forcément…
— Le ciel fasse que ce soit une fausse nouvelle ! répondit la femme d’une voix brisée. J’ai eu mon dernier neuroscan il y a six mois…
— Six mois ! Merde alors ! rétorqua l’homme. Il y a dix ans que je ne me suis pas fait scanner !
— Eh bien, il faut absolument qu’ils se trompent, répondit la femme, haletante. Ils ne peuvent que se tromper. Nous avons bien cette conversation, n’est-ce pas ? Nous ne sommes pas tous en train de hurler pendant que nous tombons en chute libre vers la planète !
Elle regarda à nouveau son bracelet en plissant les paupières.
— Qu’est-ce qu’ils disent ? insista l’homme.
— Exactement ce qu’ils disaient il y a un instant.
— C’est une erreur. Ou un sale canular, c’est tout.
Je me demandai ce qu’il valait mieux leur révéler à ce stade. Je n’étais évidemment pas un simple garde du corps. Pendant les années que j’avais passées au service de Cahuella, il y avait peu de choses sur cette planète auxquelles je ne m’étais pas intéressé – même si cet intérêt était généralement centré sur des aspects militaires. Je ne prétendais pas en savoir très long sur le lift, mais je savais quelque chose à propos de l’hyperdiamant, l’allotrope de carbone artificiel dont était fait le câble.
— En réalité, dis-je, il se pourrait bien qu’ils aient raison…
— Mais rien n’a changé ! piaula la femme.
— Je ne pense pas que ça doive nécessairement changer, répondis-je en m’efforçant de rester calme, retrouvant les automatismes de gestion de crise acquis pendant mes années d’armée.
Quelque part, dans un coin de ma tête, retentissait un cri strident. Je hurlais secrètement de terreur, mais je m’efforçais désespérément de l’ignorer pour le moment.
— Même si le lift a été sectionné, à quelle distance en dessous de nous pensez-vous que l’explosion se soit produite ? Moi, je dirais à trois mille kilomètres au moins…
— Putain ! Et qu’est-ce que ça peut bien foutre ?
— Eh bien, ça fait une sacrée différence, répondis-je avec un sourire qui devait être sinistre. Imaginez que le câble est une corde suspendue depuis l’orbite et tendue par son propre poids…
— Oh, je l’imagine parfaitement, croyez-moi !
— Bien. Maintenant, imaginez qu’on coupe la corde à la moitié de la longueur. La partie inférieure a commencé à tomber aussitôt sur le sol, mais la partie du dessus est toujours fixée au moyeu orbital…
— Eh bien, nous sommes donc au-dessus de la section… Et du coup, nous sommes en sécurité ! lâcha l’homme en levant les yeux. Le câble est intact jusqu’au terminus en orbite. Ça veut dire que si nous continuons à monter, nous y arriverons, grâce à Dieu !
— À votre place, j’attendrais un peu pour le remercier…
Il me regarda d’un air peiné, comme si mon seul but dans la vie avait été de lui détruire le moral.
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire que nous ne sommes pas forcément tirés d’affaire. Si vous coupez une longue corde tendue par son propre poids, la partie située au-dessus de la section risque de remonter…
— Oui, fit-il en me regardant d’un air menaçant, comme s’il fallait avant tout que je cesse de parler. Je comprends. Mais il faut croire que ça ne s’applique pas à nous, puisqu’il ne s’est rien passé !
— Non, repris-je. Je n’ai pas dit que la détente se produirait instantanément, sur toute la longueur du câble. Même si le câble a été sectionné en dessous de nous, il faudra un moment pour que l’onde de détente nous parvienne.
— Et combien de temps ça peut prendre ? demanda-t-il, soudain plein d’appréhension.
Je n’avais pas de réponse précise à fournir.
— Je n’en sais rien. Le son se transmet à peu près à la même vitesse dans l’hyperdiamant et dans le diamant naturel : une quinzaine de kilomètres à la seconde, j’imagine. Si le câble a été sectionné trois mille kilomètres en dessous de nous, l’onde sonore devrait nous atteindre d’abord… près de deux cents secondes après l’éclair de l’explosion. L’onde de détente devrait se déplacer plus lentement… Mais je pense qu’elle nous atteindra quand même avant que nous arrivions en haut…
J’avais vu juste. L’onde sonore arriva juste au moment où je finissais ma phrase – une secousse rude, soudaine, comme si la cabine avait heurté une bosse à deux mille kilomètres à l’heure.
— Nous n’avons rien à craindre pour le moment, hein ? demanda la femme, à la limite de l’hystérie. Le câble a quand même été sectionné en dessous de nous… Oh, Seigneur ! Je regrette que nous n’ayons pas fait plus de sauvegardes !
Son mari lui jeta un coup d’œil.
— C’est vous, ma chère, qui disiez que les allers et retours jusqu’à l’institut de scanning étaient trop chers pour que ça devienne une habitude…
— Il ne fallait pas me prendre au mot !
— Nous sommes en grand danger, dis-je en élevant la voix pour les faire taire. Si l’onde de détente se limite à une compression longitudinale confinée à la longueur du câble, nous avons une chance d’en sortir vivants. Mais si le câble entame un déplacement latéral, en coup de fouet, par exemple…
— Putain ! Mais qu’est-ce que vous y connaissez, bordel ? lança l’homme. Vous êtes ingénieur ou quoi ?
— Oh non. Je suis spécialisé dans un tout autre domaine.
Des pas dans l’escalier annoncèrent l’arrivée du reste du groupe. La secousse avait dû les inquiéter.
— Que se passe-t-il ? demanda l’un des hommes, un grand gaillard du Sud qui faisait une tête de plus que les autres occupants de la cabine.
— Le câble a été sectionné, répondis-je. Il y a des scaphandres spatiaux à bord, non ? Je suggère que nous les revêtions le plus vite possible…
L’homme me regarda comme si j’avais perdu l’esprit.
— Nous montons toujours, voyons ! Je me fous éperdument de ce qui s’est passé en dessous. Tout va bien pour nous ; nous n’avons rien à craindre. Ce truc est conçu pour encaisser bien des avaries…
— Pas de ce genre-là, objectai-je.
Le cyborg monté sur rail était également arrivé. Je lui demandai de nous montrer les scaphandres. Je n’aurais pas dû avoir à le faire, mais la situation dépassait de loin ses compétences. Il n’avait pas détecté la menace qui pesait sur ses passagers humains. Je me demandai si la nouvelle que le câble était sectionné était parvenue à la station orbitale. C’était probablement le cas – et il n’y avait probablement rien à faire pour les cabines en cours d’ascension.
Cela dit, mieux valait être sur la partie supérieure du câble que sur sa partie inférieure. J’imaginai un tronçon d’un millier de kilomètres de longueur en dessous de la coupure. Il faudrait plusieurs minutes au bout du câble pour s’écraser sur la planète, en dessous. En fait, pendant un long moment, il paraîtrait magiquement suspendu dans le vide, comme une corde de fakir. Mais il serait tout de même en train de tomber, et rien au monde ne pourrait l’en empêcher. Un million de tonnes de câble tranchant l’atmosphère, avec toutes ces cabines, certaines occupées. Ce serait une mort lente, et plutôt terrifiante.
Qui avait pu faire une chose pareille ?
Se pouvait-il qu’il y ait un rapport avec ma présence dans la cabine ? Reivich nous avait piégés à Nueva Valparaiso, et sans l’attaque du lift je serais encore en train d’essayer d’assimiler la nouvelle de la mort de Miguel Dieterling. Je ne pouvais croire que Vasquez la Main Rouge ait quelque chose à voir avec l’explosion, même si je ne l’avais pas complètement exclu du tableau pour le meurtre de mon ami. Vasquez n’avait tout simplement pas l’imagination nécessaire pour tenter ce genre de chose, sans parler des moyens techniques. Et de toute façon, son endoctrinement sectaire lui aurait interdit de penser à endommager le lift, de quelque façon que ce soit. Pourtant, il semblait bien que quelqu’un tentait de m’éliminer. Ils avaient peut-être mis une bombe dans l’une des cabines qui montaient derrière nous en pensant que j’étais dedans, ou que je serais dans l’une de celles qui se trouvaient en dessous de la section – à moins qu’ils n’aient lancé un missile et mal calculé leur coup. Il pouvait s’agir de Reivich – en théorie, du moins. Il avait des amis influents. Mais je ne l’aurais jamais cru capable d’une telle violence aveugle : balayer d’un revers de main l’existence de quelques centaines d’innocents rien que pour s’assurer de la mort d’un seul homme…
Maintenant, Reivich avait peut-être appris qui j’étais…
Nous suivîmes le cyborg vers les casiers d’entreposage des combinaisons étanches. Elles étaient d’une conception archaïque selon tous les critères du vol spatial, et, au lieu de s’enrouler autour de lui, exigeaient que l’utilisateur les enfile lui-même. Elles paraissaient toutes trop petites d’une taille, mais je revêtis la mienne assez vite, avec l’aisance et la dextérité de ceux qui ont l’habitude d’enfiler une armure de combat. Je pris bien soin de dissimuler mon pistolet à ressort dans l’une des grandes poches du scaphandre, où aurait dû se trouver un lance-grenades éclairantes.
Personne ne vit mon pistolet.
— Ce n’est pas nécessaire ! protestait l’aristocrate du Sud. Nous n’avons pas besoin de mettre ces satanés…
— Écoutez, dis-je, quand l’onde de détente nous atteindra, ce qui va se produire d’une seconde à l’autre, nous risquons d’être projetés latéralement avec une force suffisante pour nous réduire en bouillie. C’est pour ça qu’il faut mettre ces combinaisons. Elles vous protégeront un peu…
Mais probablement pas suffisamment, me dis-je intérieurement.
Six d’entre eux se démenèrent plus ou moins habilement avec leur scaphandre. J’aidai les autres et, au bout d’une minute à peu près, tout le monde était prêt, sauf l’énorme aristocrate, qui se plaignait encore de la taille de sa combinaison, comme s’il l’avait commandée par correspondance. Il examina d’un œil chagrin les autres scaphandres des casiers, l’air de se demander s’ils étaient tous de la même taille.
— Il n’y a pas de temps à perdre ! Fermez hermétiquement ce truc, vous vous inquiéterez des éraflures et des ampoules plus tard !
J’imaginais la ruade vicieuse du câble qui montait vers nous, avalant les kilomètres en cours de route. Elle avait sûrement déjà passé les cabines d’en dessous, à présent. Je me demandai si elle serait assez violente pour éjecter la cabine dans le vide.
J’en étais là de mes réflexions quand elle nous atteignit.
Ce fut pire que tout ce que j’avais imaginé. La cabine fut projetée sur le côté, avec une force telle que nous fûmes plaqués sur la paroi intérieure. Quelqu’un se cassa quelque chose et se mit à crier, mais nous fûmes aussitôt renvoyés dans la direction opposée et nous nous écrasâmes sur la vitre. Le cyborg se décrocha de son rail et tomba devant nous. Sa carapace d’acier heurta la paroi de verre, qui se fendilla mais réussit à ne pas se briser. La gravité chuta alors que la cabine décélérait. Certains éléments du moteur à induction avaient été endommagés par le coup de fouet.
La tête de l’aristocrate du Sud était réduite à une vilaine pulpe rouge, comme un fruit trop mûr. Alors que les oscillations s’amortissaient, son corps retomba mollement sur le sol de la cabine. Quelqu’un se mit à hurler. Tout le monde était gravement amoché. Il se pouvait que je sois moi-même blessé, mais pour le moment j’étais anesthésié par l’adrénaline.
L’onde de compression était passée. Je savais qu’elle finirait bien par arriver au bout du câble et par nous revenir, mais ça pourrait prendre des heures, et la secousse serait moins violente que la première fois, son énergie se dégradant en chaleur.
L’espace d’un instant, j’osai espérer que nous étions peut-être tirés d’affaire.
Puis je pensai aux cabines, en dessous de nous. Il se pouvait qu’elles aient également ralenti, ou qu’elles aient même été complètement éjectées du câble. Les systèmes de sécurité automatique avaient pu entrer en action – il n’y avait aucun moyen de le savoir. Et si la cabine, en dessous, montait toujours à la vitesse normale, elle allait bientôt nous rentrer dedans.
Je réfléchis quelques secondes avant de parler, élevant la voix pour couvrir les gémissements des blessés :
— Je regrette, dis-je, mais je viens de penser que…
Je n’avais pas le temps de leur expliquer. Il allait falloir qu’ils me suivent ou qu’ils prennent le risque de rester dans la cabine. Nous n’avions même pas le temps d’emprunter le sas d’urgence. Nous étions sept – enfin, plus que six, maintenant –, et il faudrait au moins une minute pour nous faire suivre le cycle du sas. Et puis, plus vite nous pourrions nous éloigner du câble, mieux ça vaudrait si les cabines entraient en collision.
Il n’y avait qu’une solution, en vérité.
Je pêchai le pistolet à ressort dans la poche de mon scaphandre, l’empoignai maladroitement avec mes doigts gantés. Je n’aurais pu viser avec précision, mais ce n’était heureusement pas utile. Je me contentai de pointer le canon dans la direction générale de la baie vitrée étoilée par le cyborg.
Quelqu’un essaya de m’en empêcher, sans comprendre que ce que j’essayais de faire pouvait nous sauver la vie à tous, mais j’étais plus fort que lui. Je pressai la détente de l’arme. Des ressorts à l’échelle du nanomètre se détendirent, déchaînant une pulsation farouche d’énergie à lien moléculaire comprimée. Un brouillard de fléchettes jaillit du canon, pulvérisant la vitre, créant un réseau de fractures qui allait en s’élargissant. La vitre se bomba vers l’extérieur, puis la tension eut raison de sa résistance et elle explosa en un milliard de particules blanchâtres. Une soudaine turbulence nous projeta dans l’espace, à travers l’ouverture déchiquetée.
Je me cramponnais à mon pistolet comme si c’était la seule chose concrète dans l’univers. Je regardai frénétiquement autour de moi, essayai de m’orienter par rapport aux autres. Le souffle les avait envoyés dans toutes les directions, comme les fragments d’un obus, mais si nous suivions des trajectoires différentes, nous tombions tous plus ou moins vers la planète, en bas.
Mon scaphandre tournant lentement dans le vide, je revis la cabine, encore attachée au câble, qui montait au-dessus de moi, devenant plus petite à chaque seconde. Puis il y eut un éclair presque subliminal alors que la cabine qui se trouvait juste en dessous passait à toute vitesse – sa vitesse normale. Un instant plus tard, je fus aveuglé par une explosion presque aussi vive et soudaine que le flash de l’explosion nucléaire.
Quand l’obscurité revint, il n’y avait plus rien du tout. Même le câble avait disparu.